Avril 2014. Masterclass à Bruxelles

à l’occasion du festival du film fantastique de Bruxelles (BIFF). Ça me rappelle le festival du Grand Rex des années quatre-vingt où le spectacle était dans la salle. Les spectateurs du balcon balançant des sacs de farine sur les spectateurs de l’orchestre… Je suis adoubé sur scène mais refuse de chanter. Les pauvres Belges ne savent pas à quoi ils ont échappé…

Février 2014. Les César

Je n’ai pas trop à me plaindre du côté de la reconnaissance professionnelle. Tous mes films français sans exception auront eu au moins 3 nominations. En tout j’en ai eu 49, j’en aurai gagné 17 dont 6 à titre personnel. TS Spivet gagne le César de la photographie, qui récompense non seulement Thomas Hardmeier mais aussi toute l’équipe pour le travail sur l’image et la 3D.

Octobre 2014. Le festival de Zurich

(Là où a été arrêté Polanski) me propose un hommage. Ils vont me remettre un genre “Life achievment award” et passer tous mes films. N’ayant pas de nouvelles, je vais voir sur Internet et découvre que l’hommage sera pour Haneke. Renseignement pris, Harvey Weinstein a interdit la projection de Spivet. Le festival a donc renoncé. Et Weinstein ira là-bas donner une… master class !

Quand Harvey Weinstein…

… signe TS Spivet pour les États-Unis, il a vu le film terminé. Gaumont a bien précisé qu’ayant le final cut, je ne changerai pas une image. Ce qui ne l’empêche pas de commencer son harcèlement moral afin de remonter le film à sa façon. Comme il fait systématiquement avec tous les films.

Il avait déjà essayé en 1991 avec Delicatessen. Un monteur anglais était venu chez moi avec tout un cahier de suggestions de coupes. Il enlevait la scène du lit qui grince, les suicides de Mme Interligator, bref toutes les séquences les plus drôles. Caro et moi avions écouté patiemment et suggéré une coupe en plus : “Vous enlevez nos noms du générique”. Le monteur était reparti en agitant le doigt : “Vous aurez des nouvelles d’Harvey Weinstein !” Dès lors, je m’attendais à retrouver un matin la tête de mon chien coupée dans mon lit… Finalement, n’ayant pas encore signé avec UGC, il sortira le film sans coupe et il deviendra malgré lui un film culte. Pareil pour Amélie 10 ans plus tard. Nous aurons 5 nominations aux Oscars. Pas de chance, c’est cette année que l’Académie, fatiguée des “abus” de Weinstein pour collecter les voix, décide de boycotter leurs films. “Nous ne voterons pas pour Amélie” titrent les magazines professionnels américains. Woopy Goldberg, présidente de la cérémonie, va passer toute la cérémonie à se foutre de la gueule de Weinstein. Résultat, sur 19 nominations, un seul Oscar.

Weinstein est comme un galeriste qui dirait au peintre : “Les Américains n’aiment pas le vert, je vais demander à l’encadreur de mettre du bleu”… Weinstein en fait une question de pouvoir. Comme un chien qui pisse sur son arbre, il DOIT remonter tous les films qu’il achète.

De plus, il a imposé à Gaumont ce qu’on appelle un “holdback”, ce qui signifie qu’aucun pays non francophone ne peut sortir le film avant lui. Spivet va donc rester bloqué pendant huit mois. Le holdback prenant fin en juin, certains pays comme l’Angleterre ou l’Espagne le sortent en pleine coupe du monde. Raté.

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