Juin 2014. Festival de Munich

J’y retrouve Kyle Catlett. Belle projection 3D malgré le système “RealD”. Je suis à côté du maire de Munich qui passe des textos pendant la projection. Je me demande ce qui se passerait si je faisais la même chose pendant un de ses discours… Wim Wenders toujours aussi adorable me félicite. Je suis content car il a tourné à Montréal après moi et a utilisé mes techniciens favoris que je lui avais recommandé. En passant sur l’Autoroute, visite éclair du sublime “Allianz Arena”.

TS fera un score honorable en Allemagne, qui est un pays qui me réussit.

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Avril 2014. Festival du film français au Brésil

Sympathique petit festival. Spivet fera le deuxième score après le film de Guillaume Galienne. Visite du Maracana avec Jalil Lespert et Philippe Claudel.

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Je retrouve la petite Amélie Poulain enfant à Sao Paulo. Elle a à présent 18 ans…

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Une fille tatouée “Amélie” me fait dédicacer son bras. Le soir même, elle se fait tatouer ma signature… Ça fait un peu peur…

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Déjeuner au sommet d’une Favella “pacifiée”. Les motos portent sur le garde-boue avant une sorte d’antenne radio. On m’explique que depuis qu’il est plus difficile de se procurer des armes, on tue ses ennemis en tendant un câble à travers la route. L’antenne sert donc à faire tomber la moto ce qui vaut mieux que d’être décapité…

Avril 2014. Masterclass à Bruxelles

à l’occasion du festival du film fantastique de Bruxelles (BIFF). Ça me rappelle le festival du Grand Rex des années quatre-vingt où le spectacle était dans la salle. Les spectateurs du balcon balançant des sacs de farine sur les spectateurs de l’orchestre… Je suis adoubé sur scène mais refuse de chanter. Les pauvres Belges ne savent pas à quoi ils ont échappé…

Février 2014. Les César

Je n’ai pas trop à me plaindre du côté de la reconnaissance professionnelle. Tous mes films français sans exception auront eu au moins 3 nominations. En tout j’en ai eu 49, j’en aurai gagné 17 dont 6 à titre personnel. TS Spivet gagne le César de la photographie, qui récompense non seulement Thomas Hardmeier mais aussi toute l’équipe pour le travail sur l’image et la 3D.

Octobre 2014. Le festival de Zurich

(Là où a été arrêté Polanski) me propose un hommage. Ils vont me remettre un genre “Life achievment award” et passer tous mes films. N’ayant pas de nouvelles, je vais voir sur Internet et découvre que l’hommage sera pour Haneke. Renseignement pris, Harvey Weinstein a interdit la projection de Spivet. Le festival a donc renoncé. Et Weinstein ira là-bas donner une… master class !

Quand Harvey Weinstein…

… signe TS Spivet pour les États-Unis, il a vu le film terminé. Gaumont a bien précisé qu’ayant le final cut, je ne changerai pas une image. Ce qui ne l’empêche pas de commencer son harcèlement moral afin de remonter le film à sa façon. Comme il fait systématiquement avec tous les films.

Il avait déjà essayé en 1991 avec Delicatessen. Un monteur anglais était venu chez moi avec tout un cahier de suggestions de coupes. Il enlevait la scène du lit qui grince, les suicides de Mme Interligator, bref toutes les séquences les plus drôles. Caro et moi avions écouté patiemment et suggéré une coupe en plus : “Vous enlevez nos noms du générique”. Le monteur était reparti en agitant le doigt : “Vous aurez des nouvelles d’Harvey Weinstein !” Dès lors, je m’attendais à retrouver un matin la tête de mon chien coupée dans mon lit… Finalement, n’ayant pas encore signé avec UGC, il sortira le film sans coupe et il deviendra malgré lui un film culte. Pareil pour Amélie 10 ans plus tard. Nous aurons 5 nominations aux Oscars. Pas de chance, c’est cette année que l’Académie, fatiguée des “abus” de Weinstein pour collecter les voix, décide de boycotter leurs films. “Nous ne voterons pas pour Amélie” titrent les magazines professionnels américains. Woopy Goldberg, présidente de la cérémonie, va passer toute la cérémonie à se foutre de la gueule de Weinstein. Résultat, sur 19 nominations, un seul Oscar.

Weinstein est comme un galeriste qui dirait au peintre : “Les Américains n’aiment pas le vert, je vais demander à l’encadreur de mettre du bleu”… Weinstein en fait une question de pouvoir. Comme un chien qui pisse sur son arbre, il DOIT remonter tous les films qu’il achète.

De plus, il a imposé à Gaumont ce qu’on appelle un “holdback”, ce qui signifie qu’aucun pays non francophone ne peut sortir le film avant lui. Spivet va donc rester bloqué pendant huit mois. Le holdback prenant fin en juin, certains pays comme l’Angleterre ou l’Espagne le sortent en pleine coupe du monde. Raté.

Jean-Pierre Lelong s’en est allé sans un bruit

En 1987, Michael Cimino était en train de monter son film Le Sicilien. Ses monteurs son américains avaient un mal de chien à sonoriser des piétinements de chevaux paniqués. Trop de confusion, trop de poussière, trop de sabots, impossible de synchroniser correctement les bruits sur les images.

La monteuse française du film, Françoise Bonnot, a alors sans rien dire au réalisateur, apporté la séquence à Paris et l’a montrée à Jean-Pierre Lelong, génial bruiteur.

En deux trois mouvements, Lelong assisté de son fidèle Mario a, tel Terry Gilliam dans Sacré Graal, cogné l’un contre l’autre, peut-être pas des noix de coco, mais quelques instruments improbables sortis de ces valises surréalistes…

Cimino fut tellement épaté qu’il confia tout le bruitage du film à Jean-Pierre.

Pour avoir un aperçu du travail tellement extraordinaire de Lelong, jetez un œil à ce court extrait du making off du Long dimanche de fiançailles.

Dans les années 60, 70, n’existaient pas les “sound designer” équipés d’ordinateurs. C’est le bruiteur qui faisait en studio tout ce qui n’avait pas pu être capté sur le vif ou qu’il fallait refaire pour replacer dessus les dialogues dans les langues étrangères.

Mais là où Jean-Pierre Lelong était un pur génie, c’est que son travail ressemblait à un numéro du Cirque du Soleil. En effet, non seulement il recréait des sons et des bruits totalement réalistes à partir d’objets n’ayant rien à voir, mais il avait la particularité unique de le faire directement parfaitement synchro.

Il regardait une, deux fois l’image, repérait l’emplacement du son à exécuter sur des chiffres qui défilaient sous l’image, et c’était parti.

Il était rare qu’il s’y reprenne à deux fois. Il broyait des cagettes pour défoncer un ponton pour La Cité des enfants perdus, tordait les roues d’un cady récupéré dans un supermarché pour faire grincer la balançoire d’Amélie, jetait des écrous sur des peaux de tambour pour les cachets recrachés de Mme Interligator dans Délicatessen ou piétinait d’un pas de danseuse le parquet du studio, chaussé de ses vieilles godasses pourries, dont même Charlot n’aurait pas voulu… pour apporter la subtilité comme par enchantement des pas de Mathilde la boiteuse courant dans les herbes.

Et tout ça pile synchro au 24e de seconde !

C’était tout un spectacle de le voir. Mais sur les midi, quand la faim se faisait sentir, il ne s’agissait pas de gargouiller, car le bougre qui avait un sacré caractère vous fusillait d’un “Estomac” !

Jean-Pierre a fait tous mes films. Les dernières années étaient moins joyeuses, car la technique avait rendu un peu obsolète son génie de la synchro. Mais il a travaillé toute sa vie pour les plus grands. Il a même gagné un Oscar, a travaillé sur plusieurs James Bond, toujours avec le même sens du perfectionnisme.

Son dernier film aura été TS Spivet, et je suis fier de lui être resté fidèle.

Amélie à Broadway

La presse a relayé récemment l’information méga importante comme quoi Amélie Poulain allait être montée en comédie musicale à Broadway (Interviews sur Europe 1, RTL, BFM…) Ce qui est vrai. Pourquoi avoir attendu douze ans ? Tout simplement parce que j’ai une absolue horreur des “musicals” et que j’ai résisté à toutes les propositions pendant toutes ces années. Qu’elles soient françaises ou américaines. Je ne trouverai pas meilleure définition de ce genre de spectacle que le sketch qu’en a fait Gad Elmaleh… “On fait l’amour, on fait la guerre… on fait l’amour… tu l’as déjà dit” ! Les films de Jacques Demy sont pour moi le comble de l’hallucination absolue… Ah si, dans le genre top ringarderie, il y a le patinage artistique ! D’ici qu’on me propose une chorégraphie sur glace entre Amélie et Nino Quincampoix…

Alors me direz vous, pourquoi avoir finalement cédé ? Tout simplement parce que je soutiens une association qui s’appelle “Mécénat chirurgie cardiaque”, dont le but est de faire venir de pays défavorisés des enfants qui ont une malformation cardiaque. Ils sont accueillis dans des familles et opérés en France avant de retourner chez eux, guéris.

www.mecenat-cardiaque.org

Donc à force d’entendre qu’un “Musical” pouvait en cas de succès rapporter beaucoup d’argent, je me suis dit qu’il était peut-être temps de calmer mes états d’âme. Si ce spectacle peut sauver la vie de quelques enfants, alors allons y… “Amélie va changer ta vie… tu l’as déjà dit”… Le pire serait qu’en plus, le spectacle ne marche pas !

Des nouvelles de TS

L’Extravagant voyage du jeune et prodigieux TS Spivet est en montage ! Sortie le 23 octobre 2013 en stéréoscopie…

Le tournage a eu lieu au Québec et en Alberta. Plutôt que de grands mots, voici quelques images commentées, histoire de rendre hommages à mes précieux collaborateurs artistiques et de vous donner quelques petits indices…

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Pour vivre heureux, vivons cachés !

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Un film est souvent une guerre, un combat. Cette photo en est un beau symbole.

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On peut voir ici les deux caméras “Alexa M” que nous avons été les premier à utiliser en stéréoscopie. À l’arrière-plan, Julien Lecat, pendant longtemps auteur de ce site, et sur TS, auteur du making off et d’un montage provisoire réalisé sur le champ, hyperprécieux…

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Christophe Vassort avait déjà été mon premier assistant sur « Amélie ».
Sa bonne humeur et son humour (pas toujours compris des Canadiens…) devraient être remboursés par la sécu. Il parle un langage spécial, le Vasoravoixe, et se fait comprendre en anglais avec le pire accent de la planète avec des formules du genre “Don’t take me for a noodle” !

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Jean Umanski, mon fidèle ingénieur du son, équipant TS, à savoir Kyle Catlett. Mon Kylitto est un juste un prodige. On n’a pas fini d’en parler !

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Jean-Marc Deschamps, directeur de production de mes films depuis Amélie a toujours remonté le moral dans les moments les plus compliqués et les plus difficiles.

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Aline Bonetto, ma chef décoratrice, qui a fait tous mes films à l’exception d’Alien. Une force de travail et de talent.

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Reif Larsen, l’auteur du roman, en visite sur le tournage, dédicaçant son livre à Helena Bonham Carter.

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À gauche au premier plan : Madeline Fontaine, ma chef costumière depuis Amélie (elle avait également travaillé avec Jean-Paul Gaultier sur La Cité des enfants perdus) et à droite Anne Wermelinger, ma scripte qui me suit également depuis La Cité.

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Kyle Katlett, accessoirement, est aussi champion du monde d’arts martiaux pour enfants…

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C’est donc lui qui réalise la plupart de ses cascades…

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Demetri Portelli est notre stéréographe. Il l’était également sur Hugo Cabret, qui était à mon avis le plus beau film tourné en stéréoscopie… jusqu’à TS Spivet… (Ah ah…)

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Callum Keith Rennie joue le père de TS. Une vraie gueule de western. On l’a vu entre autres dans Battle star galactica.

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Dany Racine a commencé le film comme premier assistant opérateur et l’a fini comme cadreur. Je ne le remercierai jamais assez pour sa passion et son aide. On le voit ici avec un chercheur de champ de son invention fait à partir d’un Canon D5.

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Helena Bonham Carter, on le sait, est une actrice prodigieuse. Jamais je n’ai eu autant de facilité à m’entendre avec une comédienne. À gauche Nathalie Tissier, ma chef maquilleuse depuis également la nuit des temps…

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Photo très naturelle… À droite mon chef opérateur Thomas Hardmeier, dont j’admire le travail depuis longtemps.

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Sophie Chiabaut est la “perchwoman” de Jean Umanski. Une autre fidèle de la bande. Non à droite ce n’est pas un personnage du film, juste une docile doublure de TS…

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Le storyboard dessiné par Maxime Rebière.

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Le ranch, construit pour le film en Alberta.

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Juddy Davis. Le lui ai dit : “Faites-moi rire”. Elle l’a fait.

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Dominique Pinon. Parce qu’un film de moi sans Pinon ne serait pas un film de moi.

Photos : © Yann Thijs