Février 2014. Les César

Je n’ai pas trop à me plaindre du côté de la reconnaissance professionnelle. Tous mes films français sans exception auront eu au moins 3 nominations. En tout j’en ai eu 49, j’en aurai gagné 17 dont 6 à titre personnel. TS Spivet gagne le César de la photographie, qui récompense non seulement Thomas Hardmeier mais aussi toute l’équipe pour le travail sur l’image et la 3D.

Octobre 2014. Le festival de Zurich

(Là où a été arrêté Polanski) me propose un hommage. Ils vont me remettre un genre “Life achievment award” et passer tous mes films. N’ayant pas de nouvelles, je vais voir sur Internet et découvre que l’hommage sera pour Haneke. Renseignement pris, Harvey Weinstein a interdit la projection de Spivet. Le festival a donc renoncé. Et Weinstein ira là-bas donner une… master class !

Quand Harvey Weinstein…

… signe TS Spivet pour les États-Unis, il a vu le film terminé. Gaumont a bien précisé qu’ayant le final cut, je ne changerai pas une image. Ce qui ne l’empêche pas de commencer son harcèlement moral afin de remonter le film à sa façon. Comme il fait systématiquement avec tous les films.

Il avait déjà essayé en 1991 avec Delicatessen. Un monteur anglais était venu chez moi avec tout un cahier de suggestions de coupes. Il enlevait la scène du lit qui grince, les suicides de Mme Interligator, bref toutes les séquences les plus drôles. Caro et moi avions écouté patiemment et suggéré une coupe en plus : “Vous enlevez nos noms du générique”. Le monteur était reparti en agitant le doigt : “Vous aurez des nouvelles d’Harvey Weinstein !” Dès lors, je m’attendais à retrouver un matin la tête de mon chien coupée dans mon lit… Finalement, n’ayant pas encore signé avec UGC, il sortira le film sans coupe et il deviendra malgré lui un film culte. Pareil pour Amélie 10 ans plus tard. Nous aurons 5 nominations aux Oscars. Pas de chance, c’est cette année que l’Académie, fatiguée des “abus” de Weinstein pour collecter les voix, décide de boycotter leurs films. “Nous ne voterons pas pour Amélie” titrent les magazines professionnels américains. Woopy Goldberg, présidente de la cérémonie, va passer toute la cérémonie à se foutre de la gueule de Weinstein. Résultat, sur 19 nominations, un seul Oscar.

Weinstein est comme un galeriste qui dirait au peintre : “Les Américains n’aiment pas le vert, je vais demander à l’encadreur de mettre du bleu”… Weinstein en fait une question de pouvoir. Comme un chien qui pisse sur son arbre, il DOIT remonter tous les films qu’il achète.

De plus, il a imposé à Gaumont ce qu’on appelle un “holdback”, ce qui signifie qu’aucun pays non francophone ne peut sortir le film avant lui. Spivet va donc rester bloqué pendant huit mois. Le holdback prenant fin en juin, certains pays comme l’Angleterre ou l’Espagne le sortent en pleine coupe du monde. Raté.

Jean-Pierre Lelong s’en est allé sans un bruit

En 1987, Michael Cimino était en train de monter son film Le Sicilien. Ses monteurs son américains avaient un mal de chien à sonoriser des piétinements de chevaux paniqués. Trop de confusion, trop de poussière, trop de sabots, impossible de synchroniser correctement les bruits sur les images.

La monteuse française du film, Françoise Bonnot, a alors sans rien dire au réalisateur, apporté la séquence à Paris et l’a montrée à Jean-Pierre Lelong, génial bruiteur.

En deux trois mouvements, Lelong assisté de son fidèle Mario a, tel Terry Gilliam dans Sacré Graal, cogné l’un contre l’autre, peut-être pas des noix de coco, mais quelques instruments improbables sortis de ces valises surréalistes…

Cimino fut tellement épaté qu’il confia tout le bruitage du film à Jean-Pierre.

Pour avoir un aperçu du travail tellement extraordinaire de Lelong, jetez un œil à ce court extrait du making off du Long dimanche de fiançailles.

Dans les années 60, 70, n’existaient pas les “sound designer” équipés d’ordinateurs. C’est le bruiteur qui faisait en studio tout ce qui n’avait pas pu être capté sur le vif ou qu’il fallait refaire pour replacer dessus les dialogues dans les langues étrangères.

Mais là où Jean-Pierre Lelong était un pur génie, c’est que son travail ressemblait à un numéro du Cirque du Soleil. En effet, non seulement il recréait des sons et des bruits totalement réalistes à partir d’objets n’ayant rien à voir, mais il avait la particularité unique de le faire directement parfaitement synchro.

Il regardait une, deux fois l’image, repérait l’emplacement du son à exécuter sur des chiffres qui défilaient sous l’image, et c’était parti.

Il était rare qu’il s’y reprenne à deux fois. Il broyait des cagettes pour défoncer un ponton pour La Cité des enfants perdus, tordait les roues d’un cady récupéré dans un supermarché pour faire grincer la balançoire d’Amélie, jetait des écrous sur des peaux de tambour pour les cachets recrachés de Mme Interligator dans Délicatessen ou piétinait d’un pas de danseuse le parquet du studio, chaussé de ses vieilles godasses pourries, dont même Charlot n’aurait pas voulu… pour apporter la subtilité comme par enchantement des pas de Mathilde la boiteuse courant dans les herbes.

Et tout ça pile synchro au 24e de seconde !

C’était tout un spectacle de le voir. Mais sur les midi, quand la faim se faisait sentir, il ne s’agissait pas de gargouiller, car le bougre qui avait un sacré caractère vous fusillait d’un “Estomac” !

Jean-Pierre a fait tous mes films. Les dernières années étaient moins joyeuses, car la technique avait rendu un peu obsolète son génie de la synchro. Mais il a travaillé toute sa vie pour les plus grands. Il a même gagné un Oscar, a travaillé sur plusieurs James Bond, toujours avec le même sens du perfectionnisme.

Son dernier film aura été TS Spivet, et je suis fier de lui être resté fidèle.

Amélie à Broadway

La presse a relayé récemment l’information méga importante comme quoi Amélie Poulain allait être montée en comédie musicale à Broadway (Interviews sur Europe 1, RTL, BFM…) Ce qui est vrai. Pourquoi avoir attendu douze ans ? Tout simplement parce que j’ai une absolue horreur des “musicals” et que j’ai résisté à toutes les propositions pendant toutes ces années. Qu’elles soient françaises ou américaines. Je ne trouverai pas meilleure définition de ce genre de spectacle que le sketch qu’en a fait Gad Elmaleh… “On fait l’amour, on fait la guerre… on fait l’amour… tu l’as déjà dit” ! Les films de Jacques Demy sont pour moi le comble de l’hallucination absolue… Ah si, dans le genre top ringarderie, il y a le patinage artistique ! D’ici qu’on me propose une chorégraphie sur glace entre Amélie et Nino Quincampoix…

Alors me direz vous, pourquoi avoir finalement cédé ? Tout simplement parce que je soutiens une association qui s’appelle “Mécénat chirurgie cardiaque”, dont le but est de faire venir de pays défavorisés des enfants qui ont une malformation cardiaque. Ils sont accueillis dans des familles et opérés en France avant de retourner chez eux, guéris.

www.mecenat-cardiaque.org

Donc à force d’entendre qu’un “Musical” pouvait en cas de succès rapporter beaucoup d’argent, je me suis dit qu’il était peut-être temps de calmer mes états d’âme. Si ce spectacle peut sauver la vie de quelques enfants, alors allons y… “Amélie va changer ta vie… tu l’as déjà dit”… Le pire serait qu’en plus, le spectacle ne marche pas !

Des nouvelles de TS

L’Extravagant voyage du jeune et prodigieux TS Spivet est en montage ! Sortie le 23 octobre 2013 en stéréoscopie…

Le tournage a eu lieu au Québec et en Alberta. Plutôt que de grands mots, voici quelques images commentées, histoire de rendre hommages à mes précieux collaborateurs artistiques et de vous donner quelques petits indices…

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Pour vivre heureux, vivons cachés !

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Un film est souvent une guerre, un combat. Cette photo en est un beau symbole.

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On peut voir ici les deux caméras “Alexa M” que nous avons été les premier à utiliser en stéréoscopie. À l’arrière-plan, Julien Lecat, pendant longtemps auteur de ce site, et sur TS, auteur du making off et d’un montage provisoire réalisé sur le champ, hyperprécieux…

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Christophe Vassort avait déjà été mon premier assistant sur « Amélie ».
Sa bonne humeur et son humour (pas toujours compris des Canadiens…) devraient être remboursés par la sécu. Il parle un langage spécial, le Vasoravoixe, et se fait comprendre en anglais avec le pire accent de la planète avec des formules du genre “Don’t take me for a noodle” !

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Jean Umanski, mon fidèle ingénieur du son, équipant TS, à savoir Kyle Catlett. Mon Kylitto est un juste un prodige. On n’a pas fini d’en parler !

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Jean-Marc Deschamps, directeur de production de mes films depuis Amélie a toujours remonté le moral dans les moments les plus compliqués et les plus difficiles.

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Aline Bonetto, ma chef décoratrice, qui a fait tous mes films à l’exception d’Alien. Une force de travail et de talent.

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Reif Larsen, l’auteur du roman, en visite sur le tournage, dédicaçant son livre à Helena Bonham Carter.

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À gauche au premier plan : Madeline Fontaine, ma chef costumière depuis Amélie (elle avait également travaillé avec Jean-Paul Gaultier sur La Cité des enfants perdus) et à droite Anne Wermelinger, ma scripte qui me suit également depuis La Cité.

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Kyle Katlett, accessoirement, est aussi champion du monde d’arts martiaux pour enfants…

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C’est donc lui qui réalise la plupart de ses cascades…

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Demetri Portelli est notre stéréographe. Il l’était également sur Hugo Cabret, qui était à mon avis le plus beau film tourné en stéréoscopie… jusqu’à TS Spivet… (Ah ah…)

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Callum Keith Rennie joue le père de TS. Une vraie gueule de western. On l’a vu entre autres dans Battle star galactica.

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Dany Racine a commencé le film comme premier assistant opérateur et l’a fini comme cadreur. Je ne le remercierai jamais assez pour sa passion et son aide. On le voit ici avec un chercheur de champ de son invention fait à partir d’un Canon D5.

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Helena Bonham Carter, on le sait, est une actrice prodigieuse. Jamais je n’ai eu autant de facilité à m’entendre avec une comédienne. À gauche Nathalie Tissier, ma chef maquilleuse depuis également la nuit des temps…

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Photo très naturelle… À droite mon chef opérateur Thomas Hardmeier, dont j’admire le travail depuis longtemps.

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Sophie Chiabaut est la “perchwoman” de Jean Umanski. Une autre fidèle de la bande. Non à droite ce n’est pas un personnage du film, juste une docile doublure de TS…

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Le storyboard dessiné par Maxime Rebière.

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Le ranch, construit pour le film en Alberta.

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Juddy Davis. Le lui ai dit : “Faites-moi rire”. Elle l’a fait.

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Dominique Pinon. Parce qu’un film de moi sans Pinon ne serait pas un film de moi.

Photos : © Yann Thijs

L’extravagant voyage du jeune et prodigieux TS Spivet

C’est parti. Après l’hiver passé à écrire, l’été à budgétiser, l’automne à chercher l’argent, voilà le montage financier à présent assuré, grâce cette fois, à la Marguerite… c’est-à-dire Gaumont. C’est Francis Boesflug, autrefois président de Warner France, qui avait produit Un long dimanche de fiançailles et Micmacs, qui a apporté le script à la Marguerite, pour laquelle il est à présent conseiller. Ça fait plaisir d’avoir en face de soi des financiers, dont Sidonie Dumas, the Directrice Générale, parler avec chaleur et sincérité d’un script et pas seulement buziness…
TS Spivet sera donc l’adaptation du beau et original livre de Reif Larsen : L’extravagant voyage du jeune et prodigieux TS Spivet.

Outre le site formidable http://tsspivet.com, notons que le livre existe en poche et en téléchargement.

L’adaptation a été écrite par Guillaume Laurant et moi-même. Le film sera tourné en anglais au Canada et aux USA, en 3D. Le tournage devrait commencer le printemps prochain, pour une sortie… octobre 2013 !

En haut, Reif Larsen, à droite Julien Messemackers, mon “chercheur de bon bouquin”, qui a découvert TS et me l’a envoyé immédiatement en Australie où je tournais…

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Quelques échanges de mails entre l’auteur du script et l’auteur du livre :

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Auteur du script après quelques semaines d’écriture.

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« Noyé dans les séquences… »

«Premier squelette du script envoyé par mail à l’auteur »

Quelques images des premiers repérages au Canada avant les premières neiges :

«36 heures d’avion, 1 journée en hélicoptère, 1500 km en voiture en une semaine. »

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“Des bisons… Des arbres rouges… Des corbeaux et des poulettes… »

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« Une chef déco (Aline Bonetto), bossant en voiture… et des cow-boys… »

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« Et quelques décors… »

3 dernières pubs australiennes

La plupart des réalisateurs de pub (les vrais…) enchaînent les films les uns derrière les autres. La production fait le casting, les repérages de décors, les costumes etc., sans eux. Ils arrivent le matin du tournage et sont sur un autre film le lendemain même. Comme ce n’est pas ma façon de travailler (J’aime participer à tout…), je suis présent à chaque étape de la fabrication, y compris la postproduction. Donc que je suis au montage (ces films ont été montés par Hank Corwin, monteur entre autres pour Terrence Malick et Oliver Stone) et continue à superviser les effets spéciaux numériques. (Ceux-ci ont été faits par Animalogic, à Sydney, qui ont réalisé le long-métrage d’animation Le Royaume de Ga’Hoole).

Naturellement quand le réalisateur a fini son travail, c’est l’agence et le client qui s’emparent des films et en font ce qu’ils veulent. Pour cette série, je n’ai pas trop à me plaindre, les films sont très proches de mes montages. Sauf en ce qui concerne les musiques. Nous avions livré les films avec des musiques temporaires qui marchaient magnifiquement (Genre Gladiators sur le film avec le cricket), mais dont les droits étaient évidemment inaccessibles. C’est donc l’agence qui a fait ces choix musicaux… No comment.

Sinon la lumière, comme pour la série précédente, est signée Bruno Delbonnel. Pour l’anecdote, le “Tintin” qui remet la coupe au gamin est le Zidane du cricket…

Nouveau projet

L’extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet (en Anglais The selected works of T.S. Spivet) est un livre magnifique de Reif Larsen dont je suis en train d’acheter les droits. Plutôt que de mal en parler, je vous invite à visiter le site extraordinaire de ce livre extraordinaire :

www.tsspivet.com

J’ai rencontré Reif Larsen il y a deux semaines à New York et ai eu l’impression de découvrir un frère jumeau juste vingt-huit ans plus jeune que moi. Il m’a dit : “Quand j’ai vu Amélie, j’ai eu l’impression que quelqu’un avait gratté au fond de mon crâne”… Quant à moi, j’ai été conquis dès la sixième ligne du livre :

Le téléphone a sonné un après-midi du mois d’août, alors que ma sœur Gracie et moi étions sur la véranda en train d’éplucher le maïs doux dont les grands seaux en fer-blanc. Les seaux étaient criblés de petites marques de cros qui dataient du printemps dernier, quand Merveilleux, notre chien de ranch, avait fait une dépression et s’était dit à manger du métal.

Ce film-là, si l’aventure va jusqu’au bout, sera un film tourné aux USA, avec des acteurs américains.
Ci-dessus couverture du livre et photo de Reif Larsen.

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